au jour le jour, vous dévoile son éphéméride

Archives de février, 2011

Bar à chats – Février

 

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Février 4 

Je fais « amande » honorable…

Amandier 004 

Amandier 009 

Amandier 005 

Amandier 003 

Amandier 005 

L’origine du monde

Lilith, mère des démons
Reine des succubes
(Charles Baudelaire)

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme,
O Beauté ? Ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l’on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton œil le couchant et l’aurore,
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l’enfant courageux,

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux, l’Horreur n’est pas le moins charmant ;
Et, le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

L’éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L’amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l’air d’un moribond caressant son tombeau.

Que tu viennes du ciel ou de l’enfer, qu’importe,
O Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton œil, ton sourire,ton pied, m’ouvrent la porte
D’un Infini que j’aime et n’ai jamais connu ?

De Satan ou de Dieu, qu’importe ? Ange ou Sirène,
Qu’importe, si tu rends, – fée au yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! –
L’univers moins hideux et les instants moins lourds ?

 

Courbet 

Gustave Courbet, L'origine du monde

 

Ceux qui m’aiment prendront le train

En 1998, Patrice Chéreau réalisait un film dont l’idée venait des obsèques du cinéaste François Reichenbach qui avait dit : "Ceux qui m'aiment prendront le train".

Un peintre, scandaleux et tyrannique, mort à Paris, a laissé sur son testament le souhait d'être enterré à Limoges, dont le cimetière est le plus grand de France, plus peuplé que la ville. Ses amis vrais et faux, ses amants et ex-amants, sa famille naturelle ou non, ses héritiers légitimes ou non, tous se retrouvent à la gare d’Austerlitz pour se rendre à l’enterrement. Durant ce moment douloureux, parfois unique moyen de réunir un clan – il y a des familles qui ne se réunissent qu'aux enterrements -, chacun fait le point sur sa vie. Ce train qui part en direction de Limoges devient un espace-temps privilégié de rencontres ou de fuites, mais aussi de règlements de comptes. Cet homme, en quittant ces vivants qu'il ne voulait pas laisser en paix, les laisse face à des questions que sa présence faisait oublier. Chéreau interroge tour à tour la paternité, le couple, l'avortement, la drogue, la normalité à travers un transsexuel, avec un regard incroyable de tendresse, de générosité, de respect, sur la singularité de chacun. Sous couvert d'enterrement, ce film examine le quotidien d'une quinzaine de personnages en crise, rassemblés autour d'un mort, dont la présence et le regard les faisait exister, qui ont perdu tout repère et se retrouvent obligés de se confronter les uns aux autres.

La plus belle description de ce film est celle-ci, que je vous livre en entier car on ne peut mieux en parler que Jean-Pierre Lavoignat le fit dans Studio magazine.

Un peintre vient de mourir et a choisi de se faire enterrer à Limoges. Ses amis, ses amants, les amis de ses amants, retrouvent les membres de sa famille pour faire le voyage en train. L’occasion de faire le point sur leurs vies. Les images qui s’entrechoquent, des gestes ébauchés saisis au vol, des regards échangés pris sur le vif, des dialogues qui se mélangent, des musiques qui s’enchaînent… La symphonie du monde, de ses battements de cœur et de ses déchirures. D’emblée, on est frappé par l’ambition, la qualité et la force de la mise en scène. Par ce mélange d’audace, de liberté, d’invention et d’ambition qui provoque comme un éblouissement. Tout le début de cet étrange voyage qui conduit vers une tombe est une des plus belles choses que l’on ait vue au cinéma depuis longtemps. Et une des plus résolument contemporaines. Comme si, dans le palais du cinéma, Patrice Chéreau venait d’ouvrir une porte restée mystérieusement fermée jusqu’ici. Il y dans ce Chéreau-là, à la fois quelque chose à la fois d’un peintre abstrait qui saurait donner vie à la matière et d’un médecin légiste qui mettrait à nu les sentiments. Lyrisme et lucidité, émotion et précision… Magnifique. Bien sur, le début de ce film, tout entier dans le mouvement et l’énergie, met la barre très haut. Et, même si Chéreau réussit par la suite un séduisant cocktail des genres et des tons, on ne pourra s’empêcher de regretter un peut qu’on ne se pose pas davantage. Ou que ce personnage du mort que Chéreau nous a furieusement donné envie de connaître, se dilue pour ne plus être que le révélateur des liens qui unissent ces êtres blessés, jetés dans la tourmente de l’amour et du désir.
Chacun réalise en effet ce qu’il était pour cet homme qu’on s’apprête à enterrer, et du coup, ce qu’ils sont tous, les uns par rapport aux autres. Et sur une bande originale superbe, des acteurs inspirés portent la douleur – et l’espérance – d’aimer jusqu’à l’incandescence. Leurs ombres tremblent sur les murs longtemps encore après que les feux se soient éteints.

Pourquoi parler de ce film plus de dix ans après sa sortie ? Parce que sa phrase-titre me traverse l’esprit souvent, très souvent. "Ceux qui m’aiment prendront le train." Des mots qui traduisent à la fois l’angoisse de la mort, la solitude, le désarroi, la carence du père ; mais aussi une forme de détachement, le fatalisme ; enfin, une petite note d’espoir. Des mots bien différents du péremptoire "Qui m'aiment me suivent" !
Viendrez-vous ?

Olé !

Qu’importent les capitons, pourvu qu’on ait la cellulite !

A peine écloses les premières violettes que déjà fleurissent dans les journaux féminins les premiers articles sur la cellulite.
La première question à élucider, Mesdames, est de savoir si votre cellulite est fibreuse (incrustée, très dure et parfois douloureuse), adipeuse (sur les hanches, culotte de cheval, peau molle) ou aqueuse (problème de circulation mais peau souple). Bon appétit, Messieurs !
Il n'est pas en mon pouvoir de vous donner des recettes miraculeuses pour perdre ces amas disgrâcieux. Mais d'ailleurs, sont-ils si disgrâcieux ?

L'article le plus surprenant que  j'aie lu est celui-ci (Grazia.fr – merci à Francesca Serra). Non, je ne suis pas une habituée des journaux féminins, je suis tombée dessus par hasard… mais qu'est-ce que le hasard, me direz-vous ?

Philosophie de la cellulite

Le syllogisme moderne "La cellulite, c'est moche / Or on a envie d'être belle / Donc on doit se débarrasser de notre cellulite" est source de multiples désagréments. Il nous condamne à un dilemme : faire du sport et manger sainement OU culpabiliser. Je me suis longuement penchée sur le problème et je suis parvenue à une solution révolutionnaire…
Il suffit de changer le premier axiome et ça donne "La cellulite, c'est beau". Évidemment, cela nous oblige à redéfinir la notion de Beau, mais bon, ça prend toujours moins de temps que de faire un régime.

1/ Socrate ou la Beauté bonne
Selon Socrate, la Beauté est la représentation du Bien. Donc la cellulite est belle et bonne. Vous savez pourquoi? Parce que, pour ne pas avoir de cellulite, il faudrait faire de la gym régulièrement.
Et la gym, c'est Le Mal.
Quand on sait comme les abdos sont heureux sous une petite couche de graisse, il faut être mauvais pour les en priver. Et foncièrement malsain pour contracter des fessiers dont la seule aspiration est de s'asseoir sur un canapé. Ou pire…PIRE… faire trembler ses gentils muscles sur un méchant Power Plate. (Suggestion de films d'horreur pour scénaristes en panne d'inspiration : "The night of the Power-Plates", "Screaming lady on a Power Plate", "Plate: the dark side of Power"…)

2/ Platon ou la Beauté pure
Selon Platon, le Beau est indissociable du Vrai. Et il se trouve que la cellulite est l'émanation d'une vérité transcendantale : les femmes stockent les graisses plus facilement que les hommes.
Ce qui est parfaitement injuste.
Donc la cellulite est belle parce que la vie est injuste (ma capacité de raisonnement m'effraie).

3/ Edmund Burke ou la Beauté sublime
Selon Edmund Burke, le Beau est harmonieux, tandis que le Sublime est disproportionné et terrible (ex : un typhon peut être sublime).
Une cuisse lisse, c'est harmonieux, c'est banal. Il n'y a rien à dire sur une cuisse lisse. C'est fade une cuisse lisse. Tandis qu'une cuisse criblée de petits trous graisseux, ça c'est terrible !
Là on accède au Sublime !
Comparé à la définition de la cellulite, le typhon peut aller se rhabiller…
Cellulite, nom féminin : lipodystrophie gynoïde ou anomalie du tissu graisseux dans sa répartition gynoïde, cloisonnée par des fibres conjonctives peu extensibles, perpendiculaires au derme.

4/ Kant ou la Beauté universelle
Selon Kant, la beauté est universelle. Ça tombe bien, la cellulite aussi est universelle : toutes* les femmes en ont.

*Je rappelle que les photos des magasines sont retouchées.  Et que bien souvent, pour faire des économies de retouches – parce qu'un graphiste à plein temps sur la peau des top models, ça coûte cher – les publicitaires ont trouvé une solution : ils embauchent des mannequins de 14 ans. (Alors au lieu de jalouser les cuisses des filles sur les photos, on attend qu'elles aient passé la puberté et on en reparle après, hein…).

5/ Hume ou la Beauté subjective
Selon Hume, la beauté n'est pas une qualité intrinsèque des choses. Elle n'existe que dans l'esprit de celui qui la contemple. Il suffirait donc, pour en apprécier les charmes, de modifier notre perception de la cellulite.
Et pour cela, rien de tel qu'un changement de nom. Parce que cellulite c'est quand même connoté "moche". Et peau d'orange (saluons malgré tout la tentative poétique), c'est galvaudé. M'est avis qu'on peut trouver une dénomination plus efficace :
–    version pop anglaise : l'elasticine
–    version gourmande : les gelly capitons
–    version indienne d'Amérique : peau vallonnée aux reliefs adipeux sous la grêle de l'hiver
–    version scientifique : PEFS (pour panniculopathie oedémato-fibro-sclérotique).
J'ai de la PEFS sur les fesses, ça claque non ?

Annexes
A lire, pour approfondir le sujet :
L'art de la mauvaise foi, Arthur Schopenhauer
Et on tuera tous les affreux, Boris Vian
Le crépuscule des idoles, Friedrich Nietzsche

Saint_phalle3 

La beauté d'une femme n'a qu'un temps. Ainsi Montesquieu a-t-il déclaré : "Dans les jeunes femmes, la beauté supplée à l'esprit. Dans les vieilles, l'esprit supplée à la beauté."
Tu parles d'une consolation ! Autant essayer de nous faire croire qu'"au lit, la bonté prime la beauté" ! On ne me fera jamais gober qu'un mec préfère une femme bonne à une femme belle. Puissé-je me tromper… Mais existe-t-il seulement des femmes bonnes ? bonnes au lit, peut-être, mais emplies de bonté… "serait-ce possible alors" ?
Je vais vous faire une confidence : moi je préfère un beau mec à un mec bon ! Mais bon, le beau mec n'est peut-être beau que parce qu'il me plaît ? Va savoir !
De toute façon, à mon âge, avec ma cellulite, comme si je pouvais me permettre de faire le héron !

Tableaux d’une composition

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