au jour le jour, vous dévoile son éphéméride

Archives de la catégorie ‘Poésie’

L’abeille et le papillon

Papillon 

Je m'avoue, il est vrai, s'il faut parler ainsi
Papillon du Parnasse, et semblable aux abeilles
À qui le bon Platon compare nos merveilles.
Je suis chose légère, et vole à tout sujet ;
Je vais de fleur en fleur et d'objet en objet.
A beaucoup de plaisirs je mêle un peu de gloire
J’irais plus haut peut-être au temple de Mémoire
Si dans un genre seul j’avais usé mes jours ;
Mais quoi ! je suis volage en vers comme en amours.

(Jean de La Fontaine)

 

 

Etre une oasis au milieu du désert

Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.

J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?

(Baudelaire)

Oasis 

Oasis, par Mila Daudet-Mencier

 

Bastet

Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux ;
     Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux
     Mêlés de métal et d’agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
     Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s’enivre du plaisir
     De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit ; son regard,
     Comme le tien, aimable bête,
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

     Et des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum
     Nagent autour de son corps brun.

Bastet 

 Bastet, sous l’apparence d’une chatte ou d’une femme à tête de chatte, est la déesse de la musique et de la joie, généralement  considérée comme une déesse bienfaisante. Elle incarne la féminité sereine, maîtresse du foyer et protectrice des naissances.
Son lieu de culte principal est à Bubastis. Là sont organisées des cérémonies accompagnées de réjouissances : danses, chants, musique… La consommation de vin est importante, car l'ivresse est une façon d'empêcher la déesse de réveiller la lionne qui sommeille en elle, capable de décapiter le serpent Apophis, dieu des forces du mal, qui tente de renverser la barque solaire.

I have a dream

Je t’aime, ô mon amant
Ma chair émue garde le souvenir de ton baiser
Baiser doux et subtil, tendre et profond
J’ai la hantise de ta chair pénétrant ma chair
Tu m’as fait tienne
J’ai nié le pouvoir de la chair
Blasphème !
Ô chair, divine chair
Sois bénie
Je me sens lasse
Délicieusement lasse
Je niais la volupté,
Ô crime, je t’avais reniée, ô volupté !
Je te célèbre aujourd’hui sur le mode majeur et sur le mode mineur
Ce soir je renais à l’amour
Vibration divine
Je me sens lasse, infiniment lasse
De la bonne fatigue,
De la fatigue sacrée
J’ai reçu le baiser de la communion
Et bu l’eau du baptême
Je suis ivre d’amour
Ton baiser savant et répété
A fait sourdre des profondeurs de mon être
Où il croyait pour toujours sommeiller,
Le désir ancestral des faunesses,
Ah ! verse-moi, verse-moi l’ivresse
Prends-moi, prends-moi toute en ta caresse
De nos corps confondus s’élève une odeur de folie
Tes baisers ont fait chanter toutes les cordes
De mon corps tendues comme une harpe
Et je m’ouvre en un suprême appel
Pour recevoir l’offrande de ton amour
(Denyse de Magny)

La rose et le chat

La rose, la reine des fleurs, est depuis toujours source d'inspiration pour les poètes et les écrivains qui n'ont eu de cesse de célébrer sa beauté, son parfum, ses multiples couleurs.  Elle symbolise la fragilité tout autant que la passion, selon la couleur de ses fleurs - rouge : amour, bleue : mystère…, et aussi selon que l'on offre une seule rose -  pour déclarer simplement son amour - ou cent une roses - pour exprimer sa passion sans retenue. Cultivée dans tous les jardins du monde, elle pousse aussi, sauvage, sous forme d'églantine.

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Le chat, prince des animaux, qui existait déjà il y a 10 000 ans, est lui aussi célébré dans de nombreuses civilisations ; vénéré ici, diabolisé là, considéré soit comme un animal maléfique, soit comme un thérapeute, soit comme un porte-bonheur… Son pelage, du blanc au noir, du roux au crème, tigré, tacheté, moucheté, rayé, colourpoint… ; poils longs ou courts, qui peut résister à enfouir la main dans cette douce fourrure ? Une caractéristique du chat, animal réputé indépendant, m'amuse : il dépose ses phéromones partout où il passe, pour marquer son territoire !

Ventre de chat 

Comme il y a de nombreuses variétés de roses, il existe de multiples races de chats. Certains auront une attirance pour l'une ou l'autre, sans que rien ne permette souvent de savoir ce qui guide une préférence ; certaines privilégieront la compagnie de tel ou tel minou, attiré par un caractère plus ou moins sauvage, ou plus ou moins calin.

Des expressions, faisant référence à la rose et au chat, sont unanimement connus, inutile que je vous les cite. Mais, si de nombreux poèmes ont été dédiés à la rose et au chat, peu à ma connaissance ont relié ces deux souverains. Et pourtant, en voici un.

Je répandrai mes doux pétales en un lit ouvert  à ton désir
Si tu consens à rentrer pour un instant tes griffes

J'arracherai une à une mes piquantes épines
Si tu me laisses caresser la fourrure de ton ventre

J'exhalerai les fragrances délicates de mes boutons 
Si tu  me gratifies de vigoureux coups de langue

J'éclaterai de toutes les tons chatoyants de ma fleur
Lorsque tu ronronneras de plaisir.

Un point sur le i du verbe aimer

Le_baiser 

Je ne l'entendais pas, tant je la regardais,
Par sa robe entr'ouverte, au loin je me perdais,
Devinant les dessous et brûlé d'ardeurs folles ;
Elle se débattait, mais je trouvais ses lèvres !
Ce fut un baiser long comme une éternité
Qui tendit nos deux corps dans l'immobilité.
Elle se renversa, râlant sous ma caresse.

Sa poitrine oppressée et dure de tendresse
Haletait fortement avec de longs sanglots.
Sa joue était brûlante et ses yeux demi-clos ;
Et nos bouches, et nos sens, nos soupirs se mêlèrent.

Puis, dans la nuit tranquille où la campagne dort,
Un cri d'amour monta, si terrible et si fort
Que des oiseaux dans l'ombre effarés s'envolèrent.
Ainsi que deux forçats rivés aux mêmes fers
Un lien nous tenait, l'affinité des chairs.

(Maupassant)

 

Un jour de colère, je traiterai peut-être du tréma, ces deux points juxtaposés sur le i du verbe "haïr".

Décadence

Romainsdeladecadence 

Les Romains de la décadence (Thomas Couture) 

Je suis l’Empire à la fin de la décadence,
Qui regarde passer les grands Barbares blancs
En composant des acrostiches indolents
D’un style d’or où la langueur du soleil danse.

L’ame seulette a mal au coeur d’un ennui dense,
Là-bas on dit qu’il est de longs combats sanglants.
O n’y pouvoir, étant si faible aux voeux si lents,
O n’y vouloir fleurir un peu cette existence !

O n’y vouloir, ô n’y pouvoir mourir un peu !
Ah ! tout est bu ! Bathylle, as-tu fini de rire ?
Ah ! tout est bu, tout est mangé ! Plus rien à dire !

Seul un poème un peu niais qu’on jette au feu,
Seul un esclave un peu coureur qui vous néglige,
Seul un ennui d’on ne sait quoi qui vous afflige !

 (Verlaine, Langueur)

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